La révolution des ordinateurs est terminée : Ils sont déjà partout, ils ont gagné ! L'arme secrète qui leur a valu la victoire n'est pas vraiment cachée dans leurs microcircuits électroniques ou dans leur utilité intrinsèque ; c'est plutôt la propagande dont on les a soigneusement enveloppés.
L'ordinateur, nous dit-on, est appelé à faire partie de notre mode de vie, non seulement à la banque ou pour calculer vos impôts, mais à la maison sous toutes les formes imaginables, même pour faire le repassage. Certes cela viendra un jour puisque l'ordinateur se perfectionne d'autant plus vite que chacun aura investi plus d'argent pour apprivoiser ce nouveau conquérant. Tôt ou tard, il atteindra donc le niveau d'intelligence qu'on nous avait fait miroiter mais qu'il serait illusoire d'attendre dès maintenant.
Peu d'experts
Il y a déjà plus de cinq ans que les micro-ordinateurs ont fait leur entrée sur le marché et plusieurs milliers de Québécois en ont acheté. Que voulaient-ils en faire ? Qu'en font-ils, réellement ? Et qu'advient-il d'eux (ordinateurs et utilisateurs), après une certaine période ? Rien de tel que de visiter un club de micro-ordinateur pour le savoir.
En effet, les acheteurs ont vite découvert que leur coûteuse merveille ne se laissait pas apprivoiser si facilement et qu'il faut mettre les efforts en commun, ne serait-ce que pour comprendre et compléter la documentation des manufacturiers. Il existe aujourd'hui une trentaine de clubs majeurs, en plus de tous ceux qui se sont formés à l'intérieur des cégeps et écoles secondaires de la province.
Maintenant qu'ils ont quelques années d'existence, on pourrait croire que ces clubs foisonnent d'experts qui connaissent leur micro-ordinateur jusqu'au tréfonds de ses entrailles. On s'attendrait aussi à découvrir une abondance de logiciels créés par tant de « mordus ». Malheureusement, la réalité est tout autre. La proportion des experts n'excède pas 10 %. Et encore, il s'agit rarement d'utilisateurs « ordinaires ». Ce sont presque toujours des ingénieurs et des professionnels de l'informatique. S'ils ne l'étaient pas au départ, ils le sont généralement devenus par la suite.
Si on reste chez soi...
Quel niveau de maîtrise de son appareil peut donc espérer atteindre celui qui ne fait même pas partie d'un club et qui reste simplement chez lui, en famille, à lire les manuels ? La réalité, à cet égard, est bien triste. Celui qui se présente chez l'un ou l'autre des innombrables vendeurs de micro-ordinateurs se laissera souvent éblouir par tous les graphiques, jeux, logiciels comptables (etc.) qu'on lui présentera.
Ce qu'on ne lui dira jamais, c'est qu'il a fallu plusieurs mois (ou des années) de travail à un programmeur expérimenté pour réaliser ces logiciels, ne serait-ce qu'un simple jeu. Dès le départ, chacun doit donc se résigner à être un perpétuel consommateur de programmes conçus par d'autres, à moins qu'il n'ait le courage de consacrer toutes ses soirées, ses fins de semaine et ses vacances à produire enfin un logiciel original capable de faire un peu mieux qu'une simple addition.
Si vous n'aimez pas l'arithmétique (ou si vous l'avez déjà oublié), si vous n'êtes pas un fanatique de la lecture sérieuse et si vous n'avez aucune intention de suivre des cours pour y comprendre quelque chose, votre ordinateur a de bonnes chances de ne jamais être à la hauteur de vos espérances ! Si, par contre, vous faites partie de cette heureuse minorité qui a du temps libre et si vous êtes doué par surcroît d'un grand talent de bricoleur, l'ordinateur peut beaucoup pour vous. (Une autre solution consiste à être assez riche pour se payer les services d'un consultant ou d'avoir un ami qui peut tout faire pour vous, gratuitement.)
Merveilles en option
On peut se faire une petite idée de toutes ces merveilles chez les détaillants. On peut aussi acheter une revue spécialisée (de préférence printed in USA car les publications locales sont rares). Distinguons d'abord deux grandes catégories d'émerveillement (qui ne font jamais partie de l'équipement de base que vous achetez) :
D'abord, il y a le logiciel c'est-à-dire les programmes. S'ils satisfont exactement vos besoins, vous êtes un heureux privilégié. Si ce n'est pas le cas et que vous n'êtes pas un expert, mieux vaut être philosophe... et modifier vos besoins.
Il y a aussi les périphériques. Ce sont toutes les options supplémentaires qui vous permettront de doter votre micro-ordinateur de la vue, de la parole, de la possibilité de contrôler votre éclairage ou vos appareils ménagers, etc. Là, les possibilités sont infinies, bien au-delà de vos désirs. Il suffit d'avoir ensuite l'imagination et le temps requis pour écrire le logiciel qui permettra à tous ces appareils de fonctionner ensemble. Malheureusement, vous ferez souvent face à des incompatibilités de toutes sortes dès que vous aurez la témérité de vouloir en brancher plusieurs ensemble. Cela veut dire que vous aurez souvent besoin du kit du petit bricoleur en électronique : oscilloscope, etc.
Demain...
Il se produit en ce moment une véritable révolution en ce domaine. À vrai dire, elle est déjà commencée mais ses effets ne se feront ressentir que peu à peu. Pourtant, il y a déjà longtemps que les vendeurs nous les promettent. De quoi s'agit-il ? Les fabricants de micro-ordinateurs nous annoncent un appareil capable de communiquer et que n'importe qui pourra programmer naïvement.
Il pourra exécuter en un tournemain des tâches de plus en plus complexes et tous les périphériques seront intégrés pour en arriver à une surprise de taille : l'aboutissement de cette évolution sera le micro-ordinateur auquel on pourra s'adresser par la parole, comme à une personne, et qui réagira comme un esclave. Cela résoudra-t-il tous les problèmes ? Est-ce qu'on n'a pas toujours des problèmes de communication, même avec les humains de notre entourage ?
Faut-il attendre ?
Il n'est pas évident que la meilleure solution soit d'attendre toujours la machine parfaite qui répondra à nos rêves les plus secrets. Il y a dix ans, je me suis acheté une calculatrice de poche pour 600 $. Elle ne se programmait même pas ! Aujourd'hui, j'ai un micro-ordinateur pour le même prix. Aurais-je dû attendre ? Je crois fermement que NON.
Le domaine des ordinateurs évolue très rapidement. Si l'acheteur a un réel besoin, on ne peut certainement pas lui recommander de remettre sa décision à plus tard. Les critères d'achat sont les mêmes que pour tout autre objet de consommation : il faut évaluer ses besoins immédiats et futurs, vérifier si le modèle est capable de les satisfaire, et examiner le coût d'achat avec les périphériques. (Divers manufacturiers vendent les micro-ordinateurs à perte, mais attention au prix des accessoires.)
Il ne faudrait pas oublier non plus le coût d'entretien. Il existe des copies bon marché des micro-ordinateurs les plus populaires. Ils sont souvent de qualité moindre et le service est presque nul. Cette solution ne devrait donc tenter que les habiles bricoleurs. Enfin, il est de la plus haute importance d'évaluer la quantité de logiciels disponibles. À moins de vouloir écrire tous vos logiciels, vous devrez dépendre des autres. Certains micros disposent d'une bibliothèque de plus de 10 000 logiciels, d'autres n'en ont aucun.
Conseils d'ami
Prenez garde de ne pas choisir en fonction du nom ou de la publicité. Certains micro-ordinateurs se vendent bien, non pour leurs capacités mais parce que le nom qui s'y rattache est prestigieux. Faites aussi attention aux rabais fantastiques : certains micro-ordinateurs ont vu leur prix chuter de 1 000 $ à moins de 100 $ en deux ans. Pourtant, ils ne se vendent pas plus.
Sans doute avez-vous une voiture, et même deux. Pourtant, à peine une petite fraction des automobilistes font eux-mêmes leurs réparations. La plupart des gens préfèrent la laisser à un spécialiste. Remplacez donc « auto » par « ordinateur » ... et vous aurez une bonne idée de ce qui vous attend. L'acheteur doit donc se familiariser au préalable avec ce qu'il achète pour savoir ce qu'il peut exiger en termes de confort, de performances, etc.